Déplacement de symptômes, où ça ?

Les opposants à la thérapie brève et stratégique nous font fréquemment la critique d’une guérison qui serait superficielle, contrairement à celles permises par la psychanalyse.

La longueur -plusieurs années- de l’analyse serait indispensable pour traiter du fond du problème. En étant si brefs- quelques mois- nous nous contenterions de la vulgaire éradication du symptôme, négligeant ainsi dangereusement les causes racines. Ce symptôme traité de façon superficielle se déplacerait conséquemment à l’intérieur de la psyché de nos malheureux patients. Qui, c’est bien le comble, ne s’en rendraient même pas compte, trop béatement contents de ne plus souffrir.

 

Il est vrai que notre unique objectif est d’apaiser les souffrances des gens qui nous accordent leur confiance pour les y aider.

D’ailleurs, il n’est pas rare que nous recevions des patients nous expliquant que grâce à la psychanalyse, ils ont découvert pourquoi ils vont si mal. Mais qui pourtant, vont toujours aussi mal, car la fameuse découverte de la cause (dans une histoire enfantine traumatique, toujours) n’a souvent que peu d’effet sur les manifestations de la souffrance, ici, maintenant. C’est pour cela qu’ils viennent consulter chez nous : quand on est tombé dans un marécage, plus que de chercher à savoir pourquoi on est tombé dedans, on a envie de savoir comment en sortir au plus vite.


Quand on est tombé dans un marécage, plus que de chercher à savoir pourquoi on est tombé dedans, on a envie de savoir comment en sortir au plus vite.


Je me suis retrouvée à ce sujet dans une situation étonnante lors d’une table ronde en face d’un psychanalyste ;

A ma question :

  • « Imaginons un patient atteint de troubles obsessionnels compulsifs et qui, au bout des dix séances de thérapie brève, n’a plus aucun de ses symptômes qui le faisaient tant souffrir, est-ce que vous considérez qu’il est guéri ? ».
  • « Non, me répond-il, vous aurez simplement déplacé les symptômes ».
  • « Imaginons alors qu’il ne souffre plus d’aucun trouble de ce type, et qu’il meure, vieux, sans n’avoir jamais plus éprouvé une souffrance du même ordre ? ».
  • « Il mourra toujours malade de ce trouble, même s’il ne le sait pas, car vous n’aurez pas travaillé sur le fond ».

Comme il était déjà irrité par mon impertinence, je ne lui ai pas demandé à quel endroit se serait déplacé les symptômes, mais c’est une question qui mérite d’être posée. Car peut-être le symptôme a -t-il trouvé une place qui convient à chacun en ce sens qu’il ne perturbe plus personne…


Qui décide, au bout du compte de l’efficacité de la thérapie. Le patient ou le praticien ?


Ce qui génère une autre question de taille : celle de savoir qui décide, au bout du compte de l’efficacité de la thérapie. Le patient ou le praticien ?

Nous autres thérapeutes brefs, ne saurions dénier cette responsabilité au patient : selon nous, c’est lui qui sait mieux que quiconque si sa souffrance a disparu ou pas. Ainsi, lorsque quelqu’un nous dit : « la psychanalyse m’a sauvé(e) », nous n’imaginons tout simplement pas remettre sa parole en doute.

Pas plus d’ailleurs,  que nous ne nous autorisons à le qualifier de « résistant à la thérapie » si nous ne sommes pas parvenus à l’aider.

Et lorsque nos patients nous font état de symptômes déplacés, nous considérons tout simplement que nous n’avons pas bien travaillé ; nous nous remettons alors à l’ouvrage. Le plus brièvement possible…

 

Chronique d’Emmanuelle Piquet parue dans le numéro 33 de la revue Le Cercle Psy.

 

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